AR Sorcières
Indiscipline #1
Jadis crainte et honnie, la figure de la sorcière fait l'objet, depuis une vingtaine d’années, d'une active réhabilitation. Des travaux pionniers comme ceux de Jeanne Favret-Saada ou Robert Muchembled ont permis, en Europe, de dessiner dès les années 1970 une autre histoire de ces femmes comme de la pratique de la sorcellerie. Mais c'est à la philosophe Silvia Federici qu'on doit, en 2004, une relecture à la fois marxiste et féministe de la sorcière. Comme souvent, la culture pop a servi de caisses de résonance, et le succès de l’ouvrage de Mona Chollet publié en 2018 a enfoncé le clou. Des ateliers des écoles d’art – où il n'est pas rare de voir traîner des ouvrages de la sorcière et militante américaine Starhawk – aux reels d'Instagram, où la pratique de la magie blanche est devenue virale, la sorcière est partout. Elle incarne l'empouvoirement écoféministe comme la défense des savoirs traditionnels, tandis que la magie constitue désormais, par-delà les fantasmes ésotériques, l'une des métaphores les plus communes lorsqu'il s’agit de parler des technologies connectées.
Cet ouvrage rend précisément compte de ce tournant propre à l’époque. Anja Martínez-Eberhard revient sur ce qui constitue le point de départ du projet AR Sorcières: la tension entre l'identité heureuse et attractive du canton du Valais, construite par et pour le tourisme, et une histoire infâme, restée trop longtemps confidentielle. Le texte à quatre mains de Valérie Félix et Claire Frachebourg nous emmène dans une dérive géographique, poétique et performative à travers la vieille ville de Sion, berceau historique de la chasse aux sorcières – une dérive dans laquelle s'inventent des manières de résister à toutes les formes d'oppression.
La contribution de l'artiste et chercheuse Lauren Huret, enfin, déplace la perspective vers une forme de magie positive portée par les représentations. Ses images de fleurs, générées à l’aide d'une IA à partir d’un corpus bibliographique et iconographique mêlant les guérisseuses valaisannes et la botanique alpine, font écho à ses recherches sur l'histoire de l'IA, comme à ses travaux sur le pouvoir émotionnel des images et la production de formes qu'elle nomme «guérissantes ou bienfaisantes». Dans ces trois contributions, les opérations de relectures et réécriture de l'Histoire se conjuguent ainsi à la resémantisation positive d'une figure longtemps abhorrée, dont les pouvoirs peuvent enfin être célébrés.
Préface de l'ouvrage par Jill Gasparina
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Sommaire
Mot de la rédaction: Jelena Martinovic
Préface: Jill Gasparina
Rendre visible le pouvoir invisible: Anja Martínez-Eberhard
Alpen Delirium: Lauren Huret (artiste)
Corps végétalisant: Valérie Félix, Claire Frachebourg
Rédactrice en chef : Prof. Jelena Martinovic
Editrice : Jill Gasparina
Coordinateur : Christophe Constantin
Relecture : Nicolas Garait-Leavenworth, Michelle Noteboom
Traduction : Karen Williams, Susan Power, David Malek
Design : Adeline Mollard
Impression : La Buona Stampa, Pregassona
Maison d’édition : Institut de Recherche en Arts Visuels
Contact
Financement : EDHEA, HES-SO Valais Wallis, Loterie Romande
ISBN : 978-2-9701900-0-4
Prix : 18.- CHF