Furka
Indiscipline #3
Images, ruines, fictions – aux marges de la Furka
Ce numéro vient en réponse au projet de recherche sur la Furka mené par Petra Kohle, J. Emil Sennewald et Nicolas Vermot-Petit Outhenin. Débuté a l'été 2024 a une altitude de 2'436 mètres, dans un brouillard de nuages et de résonances imaginaires, et à une époque de profonds bouleversements écologiques, il se propose d’explorer les interactions entre les divers protagonistes de ce lieu – phénomènes géologiques, images et œuvres d'art – et d'étudier la relation entre la production d'images et la compréhension de la nature. Si l'essai de J. Emil Sennewald publié ici s'appuie sur cette recherche, les contributions de Frédérique Mocquet et Mohamed Abdelkarim enrichissent le champ de ces investigations à partir de leurs travaux respectifs.
Frédérique Mocquet interroge l'héritage des images de la nature et des paysages en se fondant sur des archives techniques et scientifiques qui documentent les interventions humaines dans le paysage (notamment les mesures d'ingénierie) et soulignent les changements qui en découlent dans les écosystèmes. Dans son texte Transformer l'ethos des ruines et hériter des paysages: les perspectives de l'archive, elle évoque en particulier la notion de «ruine» comme l'ethos nourricier et formateur du Capitalocène – cette culture d’exploitation symbolique et matérielle du vivant. Son texte propose une perception contextualisée de l'environnement où la «nature» s'inscrit dans un mouvement entre les interactions humaines et non-humaines.
Mohamed Abdelkarim aborde le sujet a partir de méthodes de recherches artistiques. Dans son essai visuel I Carry the Weight of the Forgotten, Said the 10 Sand , il assemble deux sources pour créer un nouvel espace imaginaire: des représentations photographiques ou générées par ordinateur a partir de ses recherches sur les traces des glaciers paléozoïques au Yémen d’une part, et des photographies du glacier du Rhône d’autre part. Il envisage ainsi le paysage comme une capsule temporelle et spatiale capable de stocker des récits passés et futurs dont il se sert pour spéculer sur la relation entre écologie, mémoire et responsabilité.
J. Emil Sennewald, dans son essai Im Schmelz – De la survie dans les ruines de l'image, envisage le concept de paysage par rapport à la Renaissance et au Romantisme, qui subliment tous deux la nature et en exploitent les ressources. Que se passe-t-il lorsque des techniques d'imagerie telles que la photographie, qui sont fondées sur cette compréhension, renforcent l'idée du regard en tant qu'acte d'appropriation? Cet essai tient les images et leur production pour responsables et s'interroge sur les possibilités de négociation et de survie dans une esthétique post-visuelle.
Ce numéro tente ainsi d'ouvrir un espace le long des marges de la Furka, là où le regard devient lui-même mouvement – là où d'autres types de récits et d'actions, entre images, imaginations et archives, sont susceptibles d'émerger.
Préface de l'ouvrage par Petra Köhle, J. Emil Sennewald, Nicolas Vermot-Petit Outhenin
En savoir plus sur le projet de recherche En Fonte – Im Schmelz – In the glaze
Sommaire
Mot de la rédaction: Jelena Martinovic
Préface: Petra Köhle, J. Emil Sennewald, Nicolas Vermot-Petit-Outhenin
Im Schmelz: de la survide dans la ruine des images: J. Emil Sennewald
I Carry the Weight of the Forgotten, Said the Sand: Mohamed Abdelkarim (artiste)
Transformer l'ethos des ruines et hériter des paysages: Frédérique Mocquet
Rédactrice en chef : Prof. Jelena Martinovic
Editrice : Jill Gasparina
Editrice et éditeur associés : Petra Köhle, J. Emil Sennewald
Coordinateur : Christophe Constantin
Relecture : Nicolas Garait-Leavenworth, Ambroise Tièche
Traduction : Susan Power, Nicolas Garait-Leavenworth, Charlotte Eckler
Design : Adeline Mollard
Impression : La Buona Stampa, Pregassona
Maison d’édition : Institut de Recherche en Arts Visuels
Contact
Financement : EDHEA, HES-SO Valais Wallis, Loterie Romande
ISBN : 978-2-9701900-2-8
Prix : 18.- CHF